Un voile au CPAS de Verviers

Une nouvelle affaire de port de signe religieux dans les services publics agite (un peu) le landerneau verviétois. Il s’agit d’une conseillère du CPAS qui reçoit, dorénavant voilée, les citoyens de sa commune.

Dans le débat auquel se livrent les différentes parties concernées, on retrouve assez classiquement les arguments usuels de ce genre de controverse. La conseillère, qui ne portait pas de voile jusqu’il y a peu, affirme qu’elle « reste la même personne ». Même son de cloche de la part de certains élus du CDH, parti dont la personne mise en cause fait également partie: « le fait de porter le voile fait-il de (cette conseillère) une personne dangereuse? Est-ce que ça change ce qu’elle est? ». Air connu.

Le bourgmestre (PS) refuse de prendre parti, affirmant que « cela ne le dérange pas mais qu’il comprend que cela puisse déranger certains ». Et le MR, qui a levé le lièvre, martèle qu’il s’agit d’un « très mauvais signe »  (sans jeu de mots).

Le CAL rappelle que l’arrêt rendu par le Conseil d’Etat dans l’affaire de l’enseignante de Charleroi qui entendait donner cours voilée, et qui a été déboutée, pourrait pourtant faire jurisprudence. L’impartialité de l’État – ou sa « neutralité » – implique, dans le chef des fonctionnaires, une neutralité réelle dans le service rendu à la population. Dès lors que le port d’un accessoire ostentatoire – ce qu’est incontestablement le voile musulman – pose problème à des usagers, cette neutralité est rompue. C’est pourquoi le CAL, comme beaucoup d’autres mouvements de citoyens, estime que cette neutralité des institutions publiques est le ciment de la liberté, pour chacun, de pratiquer dans la sphère privée la religion de son choix ou de n’en pas pratiquer si ça lui chante.

Dans le cas présent, bien qu’il s’agisse d’une mandataire politique élue, nous sommes aussi typiquement dans la situation où la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres.

Ceux qui adoptent des comportements qui mettent en danger cette notion ainsi que le principe de neutralité ou d’impartialité propre aux services publics rendent en réalité un bien mauvais service à la cause qu’ils revendiquent; l’obstination à vouloir passer en force à travers le fragile tissu de la neutralité publique au nom de leurs engagements personnels ne pourra, à terme, qu’entraîner un raidissement dans l’attitude de ceux qui ont la charge de veiller sur le bien commun.

Aussi, le Centre d’Action Laïque appelle une nouvelle fois les responsables politiques à clarifier le débat en prenant, une fois pour toutes, les mesures législatives rendues nécessaires par la multiplication de ce type d’incidents.

Le Centre d’Action Laïque défend une vision où tout le monde gagne: celle du plus grand commun dénominateur.

Pour connaître les positions du Centre d’Action Laïque sur les signes extérieurs d’appartenance dans les services publics, nous recommandons la lecture de notre brochure didactique Pratiques et signes religieux: et alors? ou celle de la brochure plus détaillée Extériorisation des signes d’appartenance – La position du Centre d’Action Laïque.