Tilburg: la colonie pénitentiaire grandit… Bon anniversaire!

Surréalisme belge à Tilburg: le plus grand établissement de condamnés définitifs de Belgique se trouve… aux Pays-Bas.

Nos prisons – pour la plupart vétustes – sont surpeuplées depuis des années. La solution des autorités: rénover, augmenter le parc carcéral en Belgique et… exporter nos détenus aux Pays-Bas, via un traité de 3 ans renouvelable. Un an après une cérémonie de transfert des clés – au goût douteux – les 500 places ne suffisent déjà plus: 150 places supplémentaires sont annoncées, faisant de Tilburg la plus grande prison pour condamnés définitifs de… Belgique.

Coût de cette extension: 8 millions d’euros à rajouter aux 90 millions d’euros de départ. Une politique onéreuse et manifestement inopérante. Les moyens ne manquent pas pour de « grands projets », mais il n’y a pas un denier pour installer des toilettes dans les prisons où les personnes incarcérées font leurs besoins dans des sceaux hygiéniques, ni mettre en œuvre les alternatives à l’incarcération pour faire de la prison le remède ultime, tel que recommandé par les textes internationaux signés par la Belgique.

Dès l’opérationnalisation du projet, les discours et promesses n’ont pas été tenus. Il en est ainsi du caractère volontaire des transferts destinés à des détenus ayant une connaissance effective du néerlandais. Force est de constater qu’au moins 200 prisonniers proviennent de prisons francophones (dont un certain nombre de sans-papiers, sorte de « sous-détenus ») et que nombre d’envois à Tilburg n’ont point requis l’accord des principaux concernés. Or, la méconnaissance de la langue des agents peut entraîner des tensions et le CPT (1) a récemment rappelé que les transferts vers Tilburg ne pouvaient se réaliser que sur base du consentement express du condamné.

Les conditions de détention et le respect de droits minimaux interpellent vivement : carences du maintien des liens familiaux (un aller-retour Bruxelles-Tilburg prendrait, par exemple, environ 7 heures, sans compter le coût financier que cela représente pour les familles), la difficulté d’accéder à la présence de l’avocat lors d’audiences disciplinaires, l’impossibilité de préparer la réinsertion de part l’absence totale de la Communauté flamande, compétente en ce domaine ainsi que pour les formations, le soutien très lacunaire aux détenus ou l’organisation d’activités. Tilburg ressemble donc davantage à un lieu de parcage sans issue qu’à un espace visant la réparation du délit commis et la reconstruction du condamné, principes pourtant consacrés dans la Loi pénitentiaire de 2005.

L’isolement, de par la langue, le manque d’activité et la distance ne peuvent que laisser un goût amer. Sans parler des 220 détenus qui sont admissibles à sortir de prison mais dont les dossiers sont bloqués en raison d’un manque de personnel interne (seulement 6 membres affectés à donner un avis  d’expertise quant à l’octroi d’une libération conditionnelle) et des difficultés pratiques à préparer leur plan de reclassement en l’absence de services extérieurs et de la distance du lieu de réinsertion.

Alors que Le cap des 11.000 détenus est atteint en Belgique, c’est sur le terrain extraterritorial qu’un pas supplémentaire a été franchi, avec le risque de voir se pérenniser et s’étendre un remède présenté comme « provisoire » et de s’éloigner ainsi encore un peu plus de la nécessité impérieuse de s’attaquer aux causes réelles de la surpopulation carcérale (2)  sans que soit pris à bras le corps les causes de celle-ci pour réduire le nombre de prisonniers, alors que rien ne montre que la délinquance et la criminalité augmentent…

Conclusions: Tilburg, une solution provisoire qui se pérennise, une solution visant à lutter contre la surpopulation mais qui coûte plus cher que les alternatives à la détention, une solution qui aggrave le problème qu’elle est sensé régler. Bref, Tilburg ou le surréalisme belge dans toute son absurdité.

 


(1)  Comité européen pour la prévention de la torture et des peines ou traitements inhumains et dégradants: http://www.cpt.coe.int/documents/bel/2010-24-inf-fra.pdf

(2) Les facteurs de la surpopulation sont connus: taux abusif de détention préventive, augmentation des durées de peines prononcées, limitations des libérations conditionnelles, explosion du nombre d’internés en prison.